En lisant le récit d’une vie, il y a des choses que beaucoup de gens peuvent comprendre.
Comprendre, ça peut aider à ressentir un peu, ça peut rapprocher. D'un autre côté, ça peut aussi éloigner. Une bonne fois pour toutes…
Ma tante avait un petit ami et ils sont venus chez nous la veille de mon anniversaire. Le lendemain matin, quand on s'est levés, je me demandais ce que j'allais recevoir comme cadeaux. J'ai du insister lourdement, comme le font la plupart des enfants, puis le petit ami de ma tante est sortit. Il est revenu quelques temps après et il m'a offert une superbe bande dessinée. C'était une BD de « Rahan, le fils de Craô ». Tu connais ? Sinon, c’est vrai que tu n’as pas perdu grand-chose. Cependant, pour être franc, je dois avouer qu’à ce moment de l’histoire, j’ai trouvé ça plus que génial !
Le livre était sous plastique et à l'intérieur il y avait le fameux couteau de cet homme de la jungle. Ce petit trésor devait coûter dans les 25 francs. C'était pas mal à l'époque. J'étais très content et je crois qu'eux aussi. Plus tard, j'ai appris que mon bienfaiteur était un bandit notoire. Etant donné qu’à l’époque il ne roulait pas sur l’or, j’en ai déduit que, se sentant mal à l’aise de n’avoir rien à m’offrir ce jour là, il avait du descendre à la librairie du coin histoire «d’emprunter » un petit quelque chose pour moi. Remarquez, il se peut aussi que je me trompe. Dans ce cas, ce serait la fameuse exception qui confirme la règle dont on parle si souvent. Quoi qu’il en soit, le temps m’a confirmé que nous étions nombreux à nous être trouvés, un jour ou l’autre, dans ce genre de situations paradoxales. Dans les films ils disent souvent que « La fin » justifie « les moyens ». Et nous, malheureusement, nous avons beaucoup trop regardé la télévision…
A part ça, parce qu’ils vivent généralement loin des faits divers dont ils parlent et qu’ils n’ont pas assez de recul sur les failles d’un système qu’ils considèrent comme « La » référence, tu remarques que les gens aiment bien refaire le monde, débattre sur l’art et la manière de faire chuter la criminalité, de se battre contre les violences « urbaines » et la délinquance. Mais lorsque tu t’aperçois que leurs discussions volent si bas qu’ils en sont encore à chercher à définir « qui » est coupable dans le genre d'histoires ci-dessus, tu te dis que, bien souvent, ceux qui prétendent « penser le monde » passent à côté des choses essentielles.
Notre monde actuel n’est pas en crise, il fonctionne au mieux selon les fondements sur lesquels il a été érigé. La « crise » en question est l’une de ses constantes, un mal soi-disant « nécessaire ». A ce qu’ils disent. Comme si la vie était une montgolfière lestée avec des sacs pleins de vies humaines et que l’ascension économique était une fatalité. Comme si on devait forcément gagner plus. Comme si c’était le but de la vie. Comme si l’homme cherchait à repousser les limites, à aller plus vite et plus loin mais sans autre objectif. Comme si on oubliait l’essentiel. Or, plus on monte en altitude, plus l’oxygène se fait rare.
Il y a ceux qui étudient et comprennent cette crise qui n’en est pas une - d’ailleurs, de nos jours, on peut même faire carrière dans l’art d’analyser la vie de ceux qui n’en ont pas - et puis il a ces chiffres qui ne sont pas que des chiffres, qui font froid dans le dos et laissent sans voix. Les chiffres du quotidien. Le quotidien de ceux qui rêvent du quotidien de ceux qui sont payés pour faire oublier le quotidien de ceux qui payent pour les regarder simuler ce quotidien « idéal ». Un quotidien « idéal » qu’eux mêmes ne vivent pas en dehors des scènes qu’ils tournent et des quelques soirées mondaines ou ils sont vus et aimés pour ce qu’ils ne sont pas. Opulence matérielle ? Non, misère morale.
Quoi qu’il en soit, par la suite, il m’est arrivé à plusieurs reprises de me trouver dans ce genre de situations que j’ai appelées
« paradoxales ». Le paradoxe en question vient du fait que tu sois dans le mal et dans le faux jusqu’au cou mais que, malgré cela, tu aies le sentiment de faire partie des bons et de faire le bien. D’après toi, ton combat est juste. Par exemple, au lycée, il m’arrivait de passer les commandes de sweat-shirts et autres T-shirt
« à la mode » - mais trop chers pour nous - parmi mes camarades de classe dès le matin. A la pause de midi, je passais les prendre au magasin pour être de retour avant le début des cours. Je les revendais à moitié prix avant la fin de la journée et j’avais l’impression d’être un
« robin des bois » pour mon entourage. D’ailleurs, si tu demandais après moi, on te disait que j’étais quelqu’un de bien. Un type sur qui on pouvait compter et qui rendait service. Car il est important de savoir que, comme beaucoup d’entre nous, je ne suis pas né
« voleur ». On peut même dire j’étais loin d’être précoce dans le domaine.
Quand j’avais environ douze ans, j’aimais rester seul. En fait, je ne sais pas si on aime la solitude. J’ai plus l’impression qu’on s’y habitue. Bref, je restais seul. À Annecy, mon passe temps préféré était le vélo. En général, j’enfourchais celui que mon oncle m’avait fabriqué très tôt le matin et je partais faire le tour du lac. Ce vélo était toute ma vie. C’était un petit vélo de course rouge de la même marque que celui de ma sœur et, à cette époque, le tour de France était très populaire. J’avais donc un t-shirt comme les coureurs cyclistes qui passaient à la télévision ! Il était moulant avec des manches courtes qui se terminaient par des élastiques au niveau des bras et deux poches pour mettre les sandwichs derrière, en bas du dos. Dessus, c’était écrit « GAN » en noir sur une bande blanche horizontale, placée au niveau du torse et qui faisait le tour du maillot. Elle était encadrée, recto verso, par deux bandes bleu marine de la même taille. Si je me souviens bien, c’était le même t-shirt que Bernard Hinault qui était au cyclisme de l’époque ce que Zidane est au football d’aujourd’hui. Quant à moi, j’étais juste un panneau publicitaire gratuit. Prêt à payer pour faire de la pub. Un âne quoi !
C’est marrant non ? Tu portes une marque pour ressembler à un quelqu’un que tu admires. Lui, de son côté, s’il porte cette marque c’est parce qu’on lui donne de l’argent pour la porter en public. D’ailleurs, dans sa vie de tous les jours, il ne la porte pas. Sauf, bien sûr, si on le paie davantage. Toi, tu as de l’admiration ou de l’amour pour cette personne (sportif, acteur, chanteur, etc.) Ton rêve c’est de faire partie de sa
« famille », lui ressembler et ton aspiration
« ultime » va même jusqu’à être vu comme lui. Et ceux qui fabriquent les marques le savent. Ils savent que si tu vois cette personne porter un type de vêtement particulier, tu voudras le même. Donc, ils lui donnent de l’argent pour qu’il accepte de leur faire de la pub. A ce moment là, il faut savoir que c’est au nom de ton amour et du respect que tu as pour lui qu’il s’en met plein les poches et que, ce faisant, il accepte aussi que les gens qui lui ont accordé sa légitimité - dont toi - soient considérés comme des pigeons potentiels. Résultat ? Tu te retrouves à faire de la pub pour une marque qui t’a pigeonné et rêve de ressembler à un héros qui te prend pour un âne. Elle est belle l’arnaque non ?
Dernièrement, à l’époque ou pharaon à bombardé le Liban, j’ai lu un article qui faisait dire à Ronaldinho
[1] que celui-çi n’avait versé aucune larme sur les enfants massacrés lors du carnage qu’a connu Cana et que, à ses yeux, ils n’étaient que
« Des futurs terroristes ». Depuis, on m'a informé qu'il à démenti ces propos mais j'attends l'article avant de reformuler définitivement ce point. Quoi qu'il en soit, on dira aux femmes et aux enfants assassinés ou mutilés qu’ils l’ont bien mérité ! Ça leur apprendra à vivre dans leur pays et à vouloir y faire ce qu’ils veulent ! Sérieusement… Si ces propos lui appartiennent réellement et qu'il n’a pas de cerveau, ce n’est pas de sa faute. Mais nous, même avec le bénéfice du doute, comment fait-on pour porter un nom associé à de telles idées sur nos t-shirts tout en ayant l’impression d’être
« dans le coup » ?
Fin de la page de pub.
Vous regardez trop la télé !
Le lac d’Annecy fait environ 40km. Même si ça peut paraître beaucoup pour mes petites jambes de l’époque, j’en faisais le tour chaque week-end où j’en avais l’occasion. Le vélo, c’était ma raison de vivre. Je crois aussi que c’était pour moi un moyen de ne pas être confronté aux regards des autres enfants. Étant donné que j’étais encore marqué par mon eczéma, lorsqu’on jouait ensemble, même les plus gentils d’entre eux ne pouvaient s’empêcher de poser sur moi ce regard qui me dérangeait tant. D’un autre côté, quand je roulais au bord du lac, il n’y avait plus de regards inquisiteurs, j’étais bien. J’aimais beaucoup ce paysage. Il y avait l’eau, la montagne, la forêt et je pédalais avec autant d’ardeur que peut courir Forest Gump tout au long de son film. Même s'il n’y avait personne pour me dire
« Pédale Fabrice ! Pédale ! ». Remarque, vu la tournure de la phrase dite comme ça, je l’aurais peut-être mal prise. En tous les cas, jusqu’à aujourd’hui, j’aime beaucoup la nature. Sur la route, à environ une vingtaine de kilomètres du départ, il y avait un vieux château. C’était un musé. Il n’était jamais ouvert mais j’aimais bien m’y arrêter car il y avait à l’entrée, en guise de garde, une vielle armure sur pieds. A côté de ce château il y avait aussi un petit ruisseau et j’aimais, de temps en temps, m’asseoir au bord et manger mes sandwichs avant de repartir pour la fin du parcours. Puis je rentrais à la maison en fin d’après-midi. Je ne me souviens plus dans quel état j’étais, mais je ne devais pas avoir de mal à m’endormir.
C’était une chance pour moi d’avoir eu ce vélo car, si mon oncle ne me l’avait pas fabriqué, ma mère n’aurait pas eu les moyens de m’en acheter un. C’était une activité qui ne coûtait pas d’argent et ça occupait mes journées. Un matin, j’ai du aller faire des courses à l’épicerie qui se trouvait en ville, un peu plus bas que nos tours. Je ne sais plus si c’était la boulangerie, l’épicerie ou un autre magasin. Par contre, ce dont je me souviens très bien c’est ce que j’ai ressenti en voyant que mon vélo avait disparu. C’était comme si mon univers s’écroulait. Et je regardais tous les gens qui se trouvaient autour de l’endroit ou je l’avais laissé quelques minutes auparavant avec mépris et rancoeur. Je ne disais rien mais je me demandais comment ils avaient pu laisser faire une chose pareille. Je me suis mis à pleurer et à marcher dans le sens inverse que j’aurais du emprunter pour retourner parler de ça à ma mère qui, elle non plus, n’aurait rien pu y faire. Ce jour là, j’ai marché jusqu’à trouver un vélo sans cadenas. Je suis monté dessus et j’ai pédalé jusqu’à en trouver un autre. J’ai abandonné le premier pour le second et, je m’en souviens assez bien car cet évènement m’a vraiment marqué, j’ai renouvelé l’opération plusieurs fois dans la journée. Sept si je me rappelle bien. A chaque étape, je prenais les meilleures pièces de chaque vélo en vue de les installer sur le bijou final. Je suis rentré chez moi avec un nouveau vélo. Je ne sais plus si j’avais fait les courses. J’ai dit à ma mère qu’on m’avait volé mon vélo mais que ce n’était pas grave : Mon fameux
« copain de classe » - qui ressortira, à partir de ce jour, à chaque histoire louche - m’en avait prêté un !
Il suffit d’un évènement pour faire basculer un enfant du mauvais côté. Je ne dis pas que j’ai eu raison de faire ça car, bien évidement, j’ai eu tort ! Et je ne dis pas non plus que ce fût un bien car, bien évidement, c’était un mal ! Je décris simplement ce qui s’est passé et comment, ce jour là, j’ai pu franchir le pas qui sépare les honnêtes gens des voleurs. Si je me suis fait justice tout seul c’est certainement que, déjà à l’époque, l’image que je me faisais de celle des hommes ne m’inspirait pas suffisamment confiance pour que j’attende quelque chose d’elle. Pourtant, j’étais vraiment jeune. Un enfant qui était sortit faire des courses pour sa mère et qui n’avait jamais volé. Ce même enfant est devenu cet adolescent qui, plus tard, à la pause de midi passait prendre les sweat-shirts et autres T-shirt
« à la mode » au magasin pour être de retour avant le début des cours. S’il te racontait son histoire, devenu adulte, il te dirait : «
Je les revendais à moitié prix avant la fin de la journée et j’avais l’impression d’être un « robin des bois » pour mon entourage. D’ailleurs, si tu demandais après moi, on te disait que j’étais quelqu’un de bien. Un type sur qui on pouvait compter et qui rendait service. Car il est important de savoir que je ne suis pas né « voleur ». On peut même dire j’étais loin d’être précoce dans le domaine. Comme je faisais ça régulièrement, ça ne pouvait pas durer éternellement. Un beau jour, alors que je me dirigeais paisiblement vers la sortie, j’ai constaté que les portes du magasin par lesquelles j’avais l’habitude de sortir étaient fermées. C’était étrange. J’ai commencé à faire demi-tour. Lorsque la caissière a dit « c’est lui !» et que les agents de la sécurité se sont dirigés vers moi, j’ai compris que le roi Jean avait installé des caméras dans son château. Trop tard !"
Ne croyez surtout pas que je fasse l’apologie ce genre de pratiques. J’essaie juste d’expliquer, à travers cet exemple très simple, par quel mécanisme on peut, malgré soi, intégrer une certaine façon de penser. Disons, pour simplifier l’ensemble, que parmi les choses qui ne se font pas, on comprend très vite qu’il y en a de plus graves que d’autres. Ainsi, chacun choisit son échelle de valeur en fonction des murs qu’il aura à escalader, ou de ceux qu’il voit par la fenêtre de chez lui. Tu comprends aussi très vite que, étant donné le sort réservé aux gens honnêtes de ta catégorie sociale, tu n’as aucune raison d’entrer dans le moule
[2]. On t’a si bien fait croire que tu n’avais rien à perdre que tu as fini par en être persuadé. Et, sans que tu puisses trop t’en apercevoir, le glissement a lieu subtilement. Presque à ton insu. Une accumulation de faits qui s’entassent dans ton cœur qui durcit à cause de la charge et devient aveugle…
L’argent facile ?
« Comment tu veux qu’on s’en fasse pas ?
Là ou on vit on s’en passe pas…
C’est grâce à lui qu’on s’entasse pas…
Tes commentaires, on s’en passera…»
La criminalité ne peut pas diminuer uniquement grâce à la répression des criminels comme on nous la présente aujourd’hui. Car la répression en question dans un système injuste comme le nôtre n’est rien d’autre que l’opportunité pour certains criminels de rendre ce qu’ils appellent la justice en s’en prenant aux crimes de ceux qui ont moins de pouvoir qu’eux et qui agissent, en grande partie, en réaction à leur propre criminalité. On fera donc, par le biais de cette répression, disparaître un certain type de criminels tout en faisant croire que c’est toute la criminalité qui a disparue alors que c’est elle-même qui tiendra les rênes du pouvoir
[3]. La criminalité ne peut être éradiquée grâce à la répression que dans un système qui génère la justice sociale. Une fois cette justice sociale établie, la répression n’est plus le bras armé des tyrans injustes mais un simple moyen de dissuader les pervers de troubler cette justice sociale et de permettre aux enfants, par exemple, d’avoir confiance en elle. Le libéralisme est le contraire de la justice sociale. C’est un fléau que l’on répand aux quatre coins du monde alors qu’il porte en lui le pire du mal que les idéologies qui le portent prétendent combattre.
Tout le monde le sait ?
Beaucoup se taisent...
D’un silence qui fait peur !
J’ai un ami qui allume toujours la télé avant d’aller se coucher. Il ne peut s’endormir que dans le bruit. Comme un espoir perdu dans une boite d’intérim. Perspective de réussite ?
« Bien sûr » nous dit-on, mais
« Patientez voyons ! » Puisque
« Tout le monde à sa place » soyez persuadés que
« Votre tour viendra aussi ! » Simplement, souvenez-vous que
« Paris ne s’est pas fait en un jour » ! Et acceptez ce sourire désolé qui vous raccompagne à la porte, armé d’un
« on vous rappellera » et autres
« ne vous en faites pas... » qui démontrent, si c’était encore nécessaire, qu’il y a toutes les raisons de s’en faire à ce moment là. Une poignée de mains moites pour les plus chanceux d’entre nous qui signent un contrat foireux d’esclavage rémunéré avec une
« vraie famille » unie, par exemple, autour de la livraison des pizzas
[4]. Quarante ans de service. Un mois de vacances par an. Un voyage de
« rêve » chaque trois années. Une voiture à crédit. Une famille, un chien, un voisin alcoolique et du bruit tous les week-end.
Quand tu t'adresses aux gens blessés, n'oublie pas qu'ils ont moins à perdre que toi. Fais ce que tu peux pour changer le mal, mais ne te prends pas pour un autre. Car les arrivistes ne font jamais long feu…
Bon, une petite histoire drôle pour détendre l’atmosphère ?
Ce jour là, je ne sais plus si mon père était au chômage ou en congé, il m'avait envoyé faire des courses. C'était le matin. De retour, alors que j'attendais l'ascenseur, j'ai vu un billet par terre. Je me suis approché, je me suis baissé et je l'ai ramassé. C'était un billet comme je n'en avais jamais vu ! Lorsque j'ai lu ce qui était écrit dessus mon visage s'est illuminé et je me suis mis à crier: « On est riches! », « On est riches! ». J'ai pris les escaliers deux par deux en répétant cette phrase tellement fort que mon père m'attendait au 5ème, sur le pas de notre porte. J'étais heureux de le voir et j'étais pressé de lui annoncer la bonne nouvelle. On allait sûrement pouvoir faire plein de trucs avec autant d'argent !
C'était mon premier contact avec un billet de 1000 francs.
Dessus il y avait écrit « MONOPOLY ».
J'étais dégoûté.
Mon père en a profité pour m'expliquer que même si c'était vrai, il ne fallait pas crier ce genre de choses dans les escaliers de l'immeuble. Ça attire l'attention…
J'ai appris plus tard que l'attention traîne avec les problèmes.
Ils rappliquent toujours ensemble…
J'ai pas mal d'histoires concernant l'argent. Parce qu'une grande partie de nos vies tourne autour de ce qu'on n'a pas…
Le dimanche, toujours quand j'habitais à Garges, avec ma sœur on allait à la patinoire. Notre grand-mère nous donnait 10 francs, mais mon père exigeait qu'on fasse la vaisselle avant de sortir.
Ma sœur lavait, moi j'essuyais et je rangeais car j'étais plus petit.
Je crois que c'est comme ça qu'on peut apprendre la valeur de l'argent aux enfants.
J'aimais bien le dimanche car on faisait un repas de famille. Il y avait ma mère, ma grand-mère, ma sœur, mon père et moi. En théorie ma « famille » est plus grande.
Mais je n'aime pas les théories qui ne s'appliquent pas.
Ma grand-mère arrivait toujours le samedi avec des sacs pleins de commissions, du chocolat, des bonbons. C'était une grand-mère comme dans les films ! Elle a pleuré quand Claude François, Elvis et Dalida sont morts. Je l'ai beaucoup aimé. Je faisais tout ce qu'elle me demandait. Sans discuter. Le dimanche matin j'aimais bien déjeuner avec elle. On parlait pendant qu’elle buvait son café au lait. Je n’en buvais pas mais je me souviens que, pour me faire plaisir, elle trempait des tartines de pain beurré - coupées en deux dans le sens de la longueur - dans son bol et me les offrait affectueusement. C’était bon… A midi, quand elle prenait son café après manger et que j’avais été sage, j’avais le droit de faire « su-sucre » dans son café. Tu ne connais pas ça ! Hein ?! « Su-sucre », c’est quand tu trempes un sucre dans une tasse de café noir bien chaud et que tu le sors au dernier moment, quand il est assez imbibé pour mouiller tes doigts mais pas encore assez pour fondre avant d’avoir été déposé sur ta langue. Quand je disais seulement « Merci ! » Elle répondait « Merci mon chien ! » alors je reprenais, après avoir demandé pardon, « Merci mamie ! ». Et je lui faisais un gros bisou. Mamie était souvent triste. Je me souviens qu'elle parlait beaucoup de la guerre avec les allemands, elle pleurait aussi beaucoup pour sa sœur qui était morte suite à la maladie du cœur qu'elle avait contracté en restant bloquée sous les décombres d’un immeuble que les nazis avaient bombardé. Ma grand mère était une femme forte. Une fois, elle m'a dit : « Mon petit Fabrice, les gens sont racistes ! Un jour, tu verras ce que je te dis… ».
J'ai vu…
Après, elle préparait à manger avec mes parents. Moi j'allais au marché de Sarcelles pour échanger mes « Strange » au stand des livres d'occasion. Ma mère aimait beaucoup la chanson d'Édith Piaf « Les roses blanches ». Quand j'avais de l'argent, je lui en achetais une au marché. A ma grand mère aussi, mais moins souvent.
Quand c'était mon père qui donnait l'argent, j'en achetais aux deux.
Ma mère disait toujours que les fleurs ça ne sert à rien aux morts et que, si on voulait lui faire plaisir, c'est de son vivant qu'il fallait lui en offrir. C'est comme ça que j'ai grillé les hypocrites à son enterrement. Ils avaient tous acheté des couronnes de fleurs pour décorer son cercueil. Alors qu'ils n'étaient pas capables d'acheter un timbre pour répondre à ses lettres pendant qu'elle était vivante, et qu'elle pleurait à cause de leur mépris.
Beaucoup de gens sont lâches.
La preuve ?
Ils n’ont ni le courage de faire semblant d’être courageux, ni celui d’admettre leur lâcheté…
Le repas du dimanche midi était trop puissant. Chez nous, il fallait finir son assiette. C’est sûrement pour ça que je ne supporte pas de voir un enfant qui gaspille la nourriture. Remarque, on a les enfants qu'on mérite…
Quand on mettait le pain à l'envers sur la table ma mère disait :
« On ne gagne pas le pain sur le dos! ». Cette phrase lui venait de son père. C’était un homme de la campagne. Quand elle en parlait, ses yeux brillaient. D’après elle, c'était un vrai héros de la guerre. Un résistant fier comme Jean Moulin et sa clique. Vous savez, les résistants, les hommes du maquis, ces intégristes qui se sont battus contre les allemands et le régime de cet
« homme de dialogue » qu'était le maréchal Yasser Pétain 'Arafat...
. . .
Deux individus discutent dans une chambre devant leur ordinateur. L’un d’eux, le plus âgé, avait décidé de faire lire les quelques lignes de ce blog à son jeune frère afin de discuter avec lui du post n°3,
« Le regard des autres ». Comme depuis sa dernière connexion, le post n°4, intitulé
« L’argent » avait été rédigé et mis en ligne, ils décident de le lire ensemble et d’en discuter
« à chaud ». Interloqué par la fin du petit passage précédent, l’aîné demande à son frère :
- Tu penses quoi du fait qu’il fasse allusion à la Palestine de cette façon là ?
- A la quoi ?
- La Palestine !
- J’sais pas moi… T’as vu… C’est compliqué ces histoires ! Quand tu les écoutes parler, tout le monde se dit du bon côté ! On ne sait plus quoi penser…
- T’es sérieux là ? Tu vois au moins de quoi il parle ?
- Ben, en vrai… pas trop… Non. Ça me dit rien. C’est quoi ?
- Il dit que, de la même façon que les résistants au régime de Vichy ont été considérés comme des héros du fait qu’ils défendaient leur patrie contre les nazis, il faudrait considérer comme des héros ceux qui se battent aujourd’hui, et depuis maintenant plus de 50 ans, contre les envahisseurs sionistes de la Palestine. D’ailleurs la Palestine, à l’origine, c’est le nom de la terre qu’on appelle aujourd’hui Israël dans ton livre de géographie.
- Comment ils ont fait pour changer son nom ?
- Ça, c’est tout un art… Ça se fait en douceur… Disons que, malgré qu’elle ait été volée en public par des innocents aux mains pleines de sang, ses femmes violées, ses habitants torturés, assassinés et expatriés par centaines de milliers aux yeux de tous, ses bourreaux – de très habiles manipulateurs - ont même réussi à faire disparaître son nom de la quasi-totalité des livres occidentaux. A long terme, c’est l’un des moyens qu’ils emploient, et emploieront, pour occulter l’histoire et se faire passer pour les victimes d’un terrorisme dont ils sont les maîtres incontestés...
- Tant que ça ? Tu ne crois pas que, toi aussi, t’en rajoutes un peu là ?
- Attends... Fais une pause et va jeter un œil dans ton livre de géographie pour voir. On en reparle après !
(Quelques minutes s’écoulent…)
- Alors ?
- Ben…
- Tu as regardé dans ton livre ?
- Ouais, j’avoue…Y’a pas écrit Palestine… Mais, par contre, il y a bel et bien écrit Israël ! C’est chelou…
- C'est ça, t'as raison ! C'est chelou... En tous les cas, saches que tu aurais aussi bien pu le vérifier dans ton dictionnaire, ton Atlas ainsi que dans tous les livres d’une édition récente que tu voudras et qui sont à portée de main dans la première venue des libraires du coin ! En même temps, tu remarqueras qu'un bon nombre de ces livres sont des « best-sellers » et que beaucoup d’entre eux caracolent en tête des lectures scolaires conseillées, bien sûr, en toute neutralité ! Ça marche même avec les cartes des agences de voyages, les magazines dans l’avion, etc.
- J’ai une question !
-Vas-y…
- Son texte il s’appelle « L’argent », c’est sensé être autobiographique et là, on se retrouve en train de parler de Palestine, de sionisme et de manipulation ! T’as pas l’impression qu’on s’écarte un peu du sujet ?
- Tu connais le Comte Arthur James Balfour ?
- Non.
- Et Lord Rothschild ?
- Non plus.
- Bon, laisse tomber… L’article est presque terminé, on finit de le lire et je te conseille deux ou trois lectures complémentaires[5]. Ok ?
- Ok !
. . .
Quand on est enfant on ne sait pas que le monde est complexe. Puis, une fois que l’on grandit on commence à comprendre que tout est lié. Le problème c’est que l’on a des passions et des envies et que nous positionner au sujet de certaines questions ça nous obligerait à faire des sacrifices. Alors on fait
« comme si ». On se dit qu’on ne peut rien y faire puisque c’est
« comme ça » et que
« c’est la vie ». Pas vrai ? C’est tellement plus simple…
Beaucoup de gens sont lâches.
La preuve ?
On l’a déjà dit plus haut ! Faut suivre un peu…
Pour moi, quand j’étais petit, le monde c’était un truc lointain. C’était tellement lointain qu’on ne pouvait même pas y aller en vacances ! Encore plus éloigné de chez nous que le parc de La Courneuve ! Alors, au lieu de me prendre la tête à son sujet, je m’amusais pendant la minute de vitesse à la patinoire. A ce moment là, les moins forts s’écartaient de la piste, le disc-jockey mettait
« La danse du sabre » et on accélérait de toutes nos forces. On tournait en rond le plus vite possible ! Comme si c’était le but de la vie. J'étais assez doué pour le patin à glace. J'aime bien les sports de glisse en général. Quand j'allais voir ma tante à Sarcelles, je faisais du skate aux flanades…
C'était bien.
Tout ça se passe au début des années 80.
Je me demande quel âge à Chill pour avoir pu « danser le mia » à cette époque…
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[1] Ronaldinho :
« Les enfants de Cana sont de futurs terroristes ! » - 22/08/2006 - Source :
Le Temps
[2] Prendre le temps de regarder le documentaire de Pierre Carles intitulé : «
Attention Danger travail !» dont voici un extrait :
http://www.dailymotion.com/relevance/search/attention%2Bdanger%2Btravail/video/x1eryr_danger-travail[3] L’anecdote suivante illustre très bien le propos : Un savant musulman du 1er siècle de l’hégire nommé
Hassan Al Basrî s’exclama, quand on lui parla d’un voleur emmené auprès du gouverneur pour être jugé :
« Dieu est Grand ! Celui qui vole en cachette est jugé par celui qui vole en plein jour ! ». Tolérance zéro ?
[4] Si vous aviez pris le temps de regarder le documentaire cité plus haut, vous auriez compris l’allusion…
[5] Comme il ne voulait pas trop le charger, il lui conseilla simplement de lire :
« L’autre visage d’Israël » de Israël Adam Shamir, juif israélien d’origine russe, journaliste et écrivain engagé (éditions : Al-Qalam) et de se procurer le très instructif documentaire intitulé :
« Route 181... ». Bien évidement, il y en a d’autres. Mais il lui dit que c’était déjà un bon début pour avoir ce qu’on pourrait appeler une vision
non politiquement correcte des faits occultés...