
lundi 28 septembre 2009
Un peu de lecture?

vendredi 2 janvier 2009
On philosophera plus tard...
Dernière minute : Samedi 27 décembre 2008 est déjà loin... Dans la nuit du samedi au dimanche 18 janvier 2009, le génocide à continué, comme les nuits précédentes. Des bombes chargées a l'uranium appauvri ont été larguées sur un territoire interdit a la presse et aux aides humanitaires. Une ville de 365 km carré pour 1,5 millions d'habitants. Une prison a ciel ouvert. Bilan ? Plus de 1015 morts dont 277 enfants 95 femmes et 92 personnes agées. Plus de 4000 blessés. Le CBSP lance un appel pressant à toutes les bonnes volontés pour venir en aide aux habitants de Gaza, victimes d’une agression inqualifiable et intolérable. A travers notre campagne de solidarité, nous mettons tout en œuvre pour réaffirmer notre soutien et répondre à cette immense détresse.
A Gaza, la dignité a grandement besoin de nous ?
N'est-ce pas plutôt nous qui aurions besoin de dignité?
Si loins de Gaza depuis tant d'années...
Terrible tragédie que celle qui se déroule actuellement sous nos yeux : on souffre à Gaza… On agonise à Gaza… On meurt à Gaza… Et le monde entier n’ose pas bouger le moindre petit doigt ! Il assiste sans mot dire aux pires supplices jamais infligés à une population civile. Une punition collective, contraire tant au droit international qu’aux principes moraux, qui dure depuis juin 2007.
Dans ce petit territoire surpeuplé et appauvri, la vie de tous les jours se transforme en un véritable calvaire. Le blocus israélien persiste en dépit des mises en garde des ONG présentes sur place. Impitoyable et inhumain, il accable plus d’un 1,5 million d’êtres humains dont la majorité, faut-il le rappeler, a moins de 18 ans.
Au fil des mois, la situation s’est dangereusement dégradée. Tous les secteurs vitaux sont affectés. La population est confrontée à une grave crise humanitaire. Les coupures d’électricité, la pénurie d’aliments de base, le manque cruel de médicaments ne font qu’accentuer les souffrances. Face au silence des uns et la lâcheté des autres, où est la solidarité ? Nous devons agir ensemble pour briser l’isolement et réduire la misère.
Plus que jamais, le CBSP poursuit son soutien et lance à nouveau l’opération « SOS GAZA ». Nous avons, d’ores et déjà, accordé un montant de 100 000 euros pour équiper médicalement les principaux hôpitaux de la région. Notre mobilisation sera la plus belle preuve de soutien en ces moments pénibles. En plein hiver, soyons source de chaleur et de réconfort !
Un grand remerciement à tous celles et ceux qui répondront à cet appel d’urgence.
Pour agir à nos côtés dès à présent, cliquez ici
vendredi 25 janvier 2008
mercredi 19 décembre 2007
6 - Ecrire sur sa vie, c’est renoncer à en vivre un peu…
Il est 20h08, nous sommes le samedi 19 mai 2007 et il me reste encore une dizaine de minutes a patienter avant d’avoir eu la chance de pouvoir visionner un documentaire d’environ 2h2O intitulé « The corporation ». Etant donné que l'on vient de me transmettre le lien de la version sous-titrée en français (merci Gianni...) je vous invite à prendre le temps de réaliser que ça vaut vraiment le coup d'oeil. C’est impressionnant! Non pas que le contenu soit nouveau, ni que la triste réalité qui y est décrite m’ait échappée auparavant. Simplement, je suis impressionné par la façon dont le tout est orchestré, la précision de l’analyse des faits et l’immense travail de recherche que ce petit chef-d’œuvre à du nécessiter. Bref, il fallait que j’en parle.
Cela fera bientôt un an que j’ai commencé à alimenter ce blog et j’aimerais en dire deux mots. L’idée m’est venue alors que je prenais des nouvelles d'un frère qui, pour des raisons professionnelles - entre autres - est parti vivre loin de nous. Ce frère a eu l’ingénieuse idée, plutôt que de se contenter des classiques formules de politesses qui accompagnent les courriers rédigés à la chaîne en période de fêtes, de rédiger une sorte de « journal intime » où il raconte ses journées, ainsi que ses découvertes du pays ou il se trouve, au fur et à mesure ou il les vit. J’ai beaucoup aimé le style en temps « réel » et le fait que ce soit disponible à la lecture bien que toujours retouchable par le rédacteur.
De mon côté, il y a longtemps que j’ai envie d’écrire comme je le fais actuellement. Pour être plus exact, étant donné que l’essentiel des textes que j’ai déjà mis en ligne est vieux de trois ans, je dirai plutôt qu’il y a longtemps que je cherchais une formule qui puisse me permettre de rompre ce long silence qui en a surpris plus d’un(e). Tout au long de ma relativement brève carrière, et surtout vers la fin, j’ai senti que quelque chose était passé entre nous et un certain « public ». Je mets « public » entre guillemets car ce n’est pas comme ça que nous voyions les choses et je dis « nous » car je n’étais pas seul. Le fait de « disparaître » de la circulation sans donner d’explications à qui que ce soit m’a toujours laissé un arrière goût amer dans la gorge, une sensation de « bâclé », comme si la boucle n’avait pas été - officiellement parlant - correctement bouclée. Or, la prise de distance était nécessaire. J’avais besoin de recul, d’approfondir certaines choses essentielles loin des projecteurs. Le fait est là : si j’ai préféré garder le silence - aussi lourd qu’il ait pu être à certains moments - c’est que je ne voulais pas devenir un jouet, un pion ou un alibi pour cette machine à réduire l’information que je connaissais si bien. De plus, j’avais encore moins envie d’endosser le maillot d’opportuniste qui s’exprime et que l’on présente, du haut de sa notoriété, en tant que « référence » dans des domaines ou il n’a aucune légitimité. Cependant, ce silence m’a beaucoup travaillé. En témoignent ces quelques lignes que j’ai écrites en 2002, alors que je me trouvais encore au Canada[1] :
« Cet après-midi, je pensais à mon retour en France. J’ai réfléchi à une partie de ma vie puis j’ai essayé de m’imaginer combien de fois j’aurais à l’expliquer aux nombreuses personnes qui pourraient légitimement y prétendre.
Ayant été une personne « publique », je ne peux pas me permettre de dire que cette histoire ne regarde que moi. Bien au contraire, raconter cette histoire, je ressens souvent le besoin de le faire. Une bonne fois pour toutes ! C’est comme une dette que j’aurai contractée envers mes proches, les proches de mes proches, les gens que j’ai rencontré, ceux que je vais rencontrer, ceux avec qui j’ai grandi, ceux qui se demandent ou je suis, ceux avec qui j’ai des projets, la femme qui aura accepté de partager ma vie, notre famille, nos enfants et ce monde qu'il reste à construire...
En gros, je risque de perdre beaucoup de temps à raconter ma vie.
A force, je risque d’en avoir marre, d’oublier la légitimité des questionnements de certain(e)s dont je parlais plus haut et, donc, de gâcher pas mal de choses…
Je ne sais pas comment je vais m’y prendre mais je commence... »
Et j’ai mis du temps à trouver comment m’y prendre ! J’avais pensé à faire un site Internet mais, étant donné que je ne suis pas une lumière dans le domaine, mon champ d’action aurait été trop restreint. De plus, je ne voulais pas harceler ni ne pouvais être dépendant d’une tierce personne pour un projet si intime. L’idée d’un livre m’a bien évidement traversé l’esprit mais, étant donné que ce projet n’a rien de commercial, j’ai préféré laisser toutes contraintes de temps et autres notions de rentabilité à l’écart. On me demande souvent : «Est-ce que la sortie du livre est prévue pour bientôt ?» Pour être réaliste et compte tenu mon emploi du temps, des projets en cours ainsi que ceux à venir, je ne sais même pas si je réussirai à finir de l’écrire un jour ! Pour l’instant, mon souci est de mettre ce que j’ai pu écrire à la disposition de ceux et celles qui s’y intéressent - qu’ils aient les moyens de s’offrir le livre ou non – et, aussi, qu’il n’y ait plus d’intermédiaires mythomanes entre nous. Alors, comment faire ?
Et bien, un jour ou je lisais les nouvelles du frère dont je parlais plus haut, j’ai décidé de me lancer dans la « création » d’un blog. D'après les dires de mon correspondant à Figuig - aka Aboub@kr - ça ne devait pas être bien compliqué ! Tiens, en écrivant je me souviens que l’idée m’avait même traversé l’esprit plus tôt. A deux reprises : La première date de l’époque ou j’ai visité le blog de Marwan – le futur ex-français d'origine égyptienne qui fait des maths pour se détendre - et la seconde de celle ou j’ai visité celui de Albert Ali, le « génie franchouillard » [2] . Quoi qu’il en soit, c’est le fait de me familiariser avec ce genre de procédés qui a du casser les barrières entre nous. D’ailleurs, bien souvent, les « à priori » ne résistent pas longtemps au dialogue. Quand ils sont non fondés, bien entendu…
Au départ, je n’avais pas l’intention de rendre ce blog « publique ». J’avais simplement demandé à une dizaine de personnes de mon entourage de bien vouloir me donner leurs avis et me faire part de leurs critiques au fur et mesure que j’y ajouterai des post. Je me doutais bien qu’il finirait par être découvert par deux ou trois internautes en mal d'infos « croustillantes » mais je pensais que j’avais largement le temps de voir venir. Or, à peine quelques jours après, j’avais déjà reçu un message de Mehdi m'invitant à jeter un œil sur le myspace qu’il venait juste de créer à mon nom. Jusqu’ici, tout va bien. Une semaine s’écoule et ce même agent secret des forums hip-hop m’envoie un lien surprenant! Sur la page en question, j’ai découvert qu’un type qui était tombé sur le blog avait fait des copier-coller de « fils de pauvres dans une ville de riches » et de « Garges-lès-Gonesse » et faisait croire à ses interlocuteurs que lui et moi étions très proches. Il leur expliquait qu’actuellement je travaillais sur mon livre – dont il leur livrait gracieusement quelques pages – mais qu’il ne pouvait pas leur en dire davantage sans m’avoir consulté au préalable ! Bien évidement, il ne m’avait contacté ni avant ni après cette déclaration étant donné que lui et moi étions aussi proches que l’est et l’ouest. Pour finir, un bref coup d’œil à ma « biographie » disponible sur wickipédia qui me faisait grandir à Barbès et m’envoyait au Canada pour étudier la théologie a fini de me convaincre qu’il était peut être temps que je me réapproprie mon histoire. [3] La première étape fut d'insérer l'adresse du blog sur myspace. Et la nature humaine se chargea du reste...
C’est surprenant la tendance qu’ont certaines personnes à s’inventer des rôles… Le pire, c’est quand ils se mettent à y croire ! L’autre jour, j’ai reçu un mail d’un type qui m’a dit texto au sujet du blog : « C’est un ramassis de conneries ! J’ai bien connu Fabe, pas toi et ça se voit ! » Elle n’est pas belle celle-là ?
Allez, direction : « légendes urbaines »…
C’était au milieu des années 90. A force de faire des concerts et des radios dans la région, j’étais devenu connu et même relativement bien « réputé » dans le milieu du rap à Paris et en banlieue. C’est ce que les branchés appellent « avoir du buzz ». Tout le monde parle de toi et de ce que tu prépares, mais toi tu n’es pas encore au courant...
J’avais du prendre le métro à « Châtelet les halles » en direction de la «Porte de Clignancourt » pour rentrer chez moi. A l’époque, j’habitais entre « Château rouge », « Marcadet » et « Marx dormoy », dans le 18ème arrondissement de Paris. Un peu avant la station « Gare du nord », un type s’assoie en face de moi. Il me fixe. Je le fixe. Il me fait un signe de la tête en guise de bonjour. Je fais de même. Dès que la place à côté de moi se libère, il vient s’asseoir à mes côtés. Un peu agacé, je lui demande : « On se connaît ? ». Puis, finalement, l’ambiance se détend rapidement et on engage la conversation. Une fois que je lui ai fait part de ma destination, il commence à dire : « Ah, t’es de Barbès ? ». Je réponds : « Disons plutôt que j’habite là depuis quelques temps. On ne peut pas dire que je sois un gars de Barbès… ». Au bout d’un moment, il me fait comprendre qu’il connaît « du monde » là-bas. Je crois même comprendre qu’il connaît bien Fabe. Surprenant ! Une fois persuadé que je ne le connais pas, il me précise : « Befa… Il enregistre son album en ce moment ». Je joue le jeu : « Ah bon ? ». Il répond d’un « Ouais » qui laisse entendre qu’il était déjà persuadé de l’effet qu’aurait sur moi cette info exclusive. Et quand, pour finir, je lui demande : « il fait ça ou ? », il me répond : « Il est parti à New-York pour mixer… ». Là, j’ai failli éclater de rire. Heureusement, le métro venait d’entrer à la station « Château Rouge » et il ne me restait plus qu’à sortir. Je me lève avec le sourire en lui serrant la main. Il a du me répondre un traditionnel « salut renoi ! » de l’époque, puis il a ajouté : « Au fait, c’est quoi ton blaze? ». J’ai dit : « Moi ? ». Il m’a fait : « Ben oui, toi ! ». J’ai répondu « Fabrice ». Il m’a dit « Ok », ce à quoi j’ai ajouté « Mais, en général, on m’appelle Fabe... » Je suis sorti du métro, je l’ai regardé en souriant et j’ai ajouté : « C’est pas grave tu sais... T’inquiète! Allez, à plus… ». Et j'étais Mort de rire.
J’ai pas mal d’anecdotes de ce style.
Quelques années plus tard, à Bagnolet, un ami m’a dit qu’il y avait une fille qui racontait, à qui voulait bien l’entendre, que c’est elle qui écrivait mes textes. Trop forte ! Je ne l’avais jamais vue, mais elle écrivait mes textes ! Elle était tellement mythomane que, même le jour ou je suis venu en concert là bas et qu’elle s’est retrouvée face à moi avec les gars de son quartier qui la charriaient, je ne me souviens pas l’avoir entendu avouer que c’était un mensonge.
Plus récent ?
L’année dernière, alors qu’un « élu » du peuple était en mal de popularité, il a décidé d’utiliser les noms de quelques rappeurs – appuyés des recherches approfondies de son fils visant à offrir, en prime, quelques citations des poètes en herbes précités – pour se faire de la publicité. Parmi eux un certain Fabe. Vous connaissez ? Voici à peu près comment l’une de ces scènes à du se dérouler :
- Père ?
- Oui ?
- J’ai du nouveau père…
- Allez-y, je vous écoute mon enfant…
- J’ai encore trouvé l’un de ces méchants banlieusards incitant à la haine raciale et anti-France !
- Ah bon ? Je me félicite de votre perspicacité. Et que dit-il le bougre ?
- Il dit : « La vie est une manif, la France une vitre et moi un pavé ! »
- Fichtre ! Comment ose-t-il ? Je…
- Père, gardez votre sang froid, je vous en conjure !
- Soit, mais…Que d’ingratitude ! Et ou donc, ce monstre de sauvageon a-t-il commis un tel blasphème ?
- Dans son 3ème album père
- Qui se nomme ?
- « Détournement de son »
- Détournement de quoi ?
- De « son » père, n’ayez crainte…
- Je préfère, en effet… Continuez.
- Eh bien, le titre du morceau s’intitule : « L’impertinent ». Paru chez Double H productions en licence chez Small, label de Sony Music France père. Il semble même que celui-ci passait en rotation sur M6, MCM et même Skyrock !
- Skyrock ?
- Mais si père, souvenez-vous… La radio qui diffuse - en partenariat avec nos sponsors officieux - le programme « culturel » destiné à maintenir toute une partie de la jeunesse dans l’insouciance et la légèreté.
- Ah oui, pardon…
- Le garde-je père ?
- Certes mon enfant ! Ajoutez-le à la liste je vous prie…
Quelques temps après, loin de me douter de la scène qui venait de se dérouler chez les sauvageons au cœur pur, j’ai reçu un appel de Haroun qui m’a informé des faits. J'avoue qu’au départ je m’en foutais un peu. Mais son approche m’a aidé à envisager les choses sous un autre angle. En gros, si je les laissais faire sans rien dire, ils allaient traîner mon nom dans la boue et je n’avais pas le droit de les laisser faire ça sans réagir ! Bref, il m’a convaincu de prendre au moins quelques précautions. Je suis entré en contact avec un avocat que je connaissais de « l’époque » [dont on reparlera plus tard] et il m’a proposé de s’occuper gracieusement de l’affaire. Selon lui, il était philosophiquement parlant inacceptable que des politiciens s’en prennent à la liberté d’expression des artistes. Il a ajouté qu’en plus, si ils jouaient à ce jeu là avec moi, il faudrait qu’ils citent d’autres extraits de mes écrits et que le contenu de mes textes avait de quoi tenir la route en guise de conflit politico-médiatique. Il était assez confiant. Je me suis alors souvenu lui avoir dédicacé l’album en question dans son cabinet à Paris, Court Albert 1er si ma mémoire est bonne, quelques années auparavant. A première vue c’était, d’après lui, rien de plus qu’un coup médiatique. Mes écrits datant de plus de 5ans, il était fort peu probable que la loi permette que je puisse être inquiété à leur sujet. Il m’a proposé de mettre quelqu’un à la recherche des coupures de presse concernant l’affaire, de creuser le tout, et que l’on se contacte d’ici quelques jours. Nous avons discuté quelques instants de ma situation actuelle. Je l’ai informé qu’après avoir embrassé l’Islam, il y avait déjà plus de cinq ans à l'époque, je poursuivais mon cursus d’études islamiques et que, toujours dans ce même objectif, je me trouvais actuellement à l’île de la Réunion. Soulagé, il m’a fait part des dernières nouvelles « effrayantes » qu’il avait reçues à mon sujet. Il m’a annoncé : « A ce qu’on m’avait dit, tu étais en Afghanistan !!! ».
On continue le voyage ?
Il y a quelques mois, j’ai eu l’occasion d’accompagner l’un de mes professeurs à un cours qu’il devait donner en banlieue parisienne. Après le cours en question, quelques frères sont restés dans la salle et ont commencé à discuter avec lui. Lorsqu’il m’a appelé par mon prénom, c'est-à-dire Fabrice, j’ai vu dans les yeux de l’un d’entre eux que le dernier de ses doutes venait de disparaître au moment ou nos regards se sont croisés. Il m’a fait un petit sourire. Quelques minutes plus tard, il s’est dirigé dans ma direction et nous avons commencé à discuter. Il m’a demandé si j’étais bien « Fabe » puis m’a félicité pour ce qu’il avait apprécié de mon travail. Pour lui, Akhenaton et moi étions des « incontournables » et, à ce qu’il m’a semblé avoir compris, « La rage de dire » et « Détournement de son » étaient deux des albums de rap en français qu’il avait le plus appréciés. Nous avons discuté encore quelques instants puis il m’a confié qu’en fait, ça ne l’étonnait pas que je sois là. Il m’a dit : « A ce qu’on m’avait dit, tu étais en Syrie et tu devais revenir ces jours-ci pour te marier… »
Pas mal non?
Il y a deux jours, comme par hasard qui n'existe pas, j'ai reçu un mail fort sympatique en provenance du Canada. Mon interlocuteur m'y a entretenu de choses et d'autres puis, en guise de post-scriptum, m'a posé la question suivante : «Au fait, comment as-tu trouvé ton séjour au Québec - j'ai appris, ou ouï-dire que tu étais passé par le département de théologie à l'Université Laval - ?»
Alors ???
New-york ? L'Afghanistan ? La Syrie ? Ou au Canada pour étudier la théologie ?
Allez, une petite dernière pour la route…
Le journal l’Humanité, dans une chronique datant du 13 septembre 2003, titrait : « Fabe… l’Impertinent, …rappeur français qui déserta l’industrie musicale en guise de protestation contre le show-biz. »
Ah bon ?
Comme quoi...
On en apprend tous les jours !
Et même sur soi-même...
Le plus drôle c'est que... Mais bon...
Bref, passons !
Vous m’excuserez si ce post sort un peu de l’ordre chronologique que j’essaie de donner au blog en général. Quoi que… Je ne suis pas non plus très structuré « classique » dans ma façon d’écrire… Si j’ai voulu écrire cet article c’est que plusieurs messages reçus m’ont touché. Comme l’auteur de l’un d’eux se demandait ou je voulais « en venir » ? Je me suis dit que j’allais essayer de l’expliquer en quelques lignes. Jusqu’ici, on a déjà trouvé deux grandes motivations : la première c’est que, en tant que personne qui à joué un petit rôle dans la vie de certain(e)s, raconter ou j’en suis, d’où je viens et pourquoi j’ai arrêté le rap, « C’est comme une dette que j’aurai contractée » ; la seconde est celle de me réapproprier mon histoire, dans le sens de remettre un peu d’ordre dans toutes ces rumeurs qui circulent au sujet de Fabe. J’en vois bien une troisième mais, étant donné qu’il est maintenant 23h29 et que je n’ai toujours pas fini de regarder « The corporation », je vais m’arrêter là.
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[1] J’y étais entre janvier 2001 et Août 2002. Nous y revenons un peu plus bas...
[2] Auteur de "Entrée interdite aux animaux et aux femmes voilées", un livre intéressant...
[3] Suite à cette remarque, Mdy m'a gentiment fait remarquer que, concernant Wikipédia, j'avais un droit de regard sur ce qui y était écrit à mon sujet et que c'était à moi de l'utiliser ou pas. C'est vrai... Cependant, étant donné que - d'après ce que j'en sais - « tout le monde » dispose de ce même droit de regard que moi au sujet de ce qui est écrit à mon sujet sur Wickipédia, celà ne change en rien le problème...
Concernant ma « biographie » sur ce même site, le plus drôle est de pouvoir y lire concernant le blog 9mai1971.blogspot.com la remarque suivante : aucune preuve d’authenticité ! Je trouve ça drôle car, celà laisse entendre que le reste des infos contenues à mon sujet sur Wickipédia étaient toutes authentiques!
Quoi qu'il en soit, après plusieurs messages que j'ai reçus, il semble que les gens qui me connaissent vraiment n'aient jamais eu l'ombre d'un doute - après avoir lu ce blog - quant à l'identité de l'auteur de ses articles (Je pense à Mon "trop très", à Slurg, Djohar, etc.) Bref, en voici un qui date d'avant-hier et qui va dans le même sens. Il dit : «... Je viens de faire un tour sur ton blog (je l'ai lu de A à Z en fait), et au départ (avant de commencer la lecture) j'avais une certaine méfiance sur le fait que ce soit effectivement toi (fabe) qui l'ai écrit... Finalement, au fil des lignes, j'ai retrouvé un phrasé, une manière d'analyser la réalité et ce monde qui ont effacés mes doutes. » Comme quoi, ceux qui se veulent plus « royalistes que le roi » sont souvent moins connaisseurs qu'ils ne veulent bien le laisser entendre. C'est ce qu'il faut retentir. Et quant aux scéptiques qui demandent une « photo récente » ou un numéro de téléphone pour être « convaincus ». Nous nous passerons de leurs convictions...
jeudi 25 octobre 2007
5 - Il n'y a pas que ceux qui n'ont rien à dire qui se taisent !
mardi 17 avril 2007
4 - L'argent (partie 1)
Comprendre, ça peut aider à ressentir un peu, ça peut rapprocher. D'un autre côté, ça peut aussi éloigner. Une bonne fois pour toutes…
Ma tante avait un petit ami et ils sont venus chez nous la veille de mon anniversaire. Le lendemain matin, quand on s'est levés, je me demandais ce que j'allais recevoir comme cadeaux. J'ai du insister lourdement, comme le font la plupart des enfants, puis le petit ami de ma tante est sortit. Il est revenu quelques temps après et il m'a offert une superbe bande dessinée. C'était une BD de « Rahan, le fils de Craô ». Tu connais ? Sinon, c’est vrai que tu n’as pas perdu grand-chose. Cependant, pour être franc, je dois avouer qu’à ce moment de l’histoire, j’ai trouvé ça plus que génial !
Le livre était sous plastique et à l'intérieur il y avait le fameux couteau de cet homme de la jungle. Ce petit trésor devait coûter dans les 25 francs. C'était pas mal à l'époque. J'étais très content et je crois qu'eux aussi. Plus tard, j'ai appris que mon bienfaiteur était un bandit notoire. Etant donné qu’à l’époque il ne roulait pas sur l’or, j’en ai déduit que, se sentant mal à l’aise de n’avoir rien à m’offrir ce jour là, il avait du descendre à la librairie du coin histoire «d’emprunter » un petit quelque chose pour moi. Remarquez, il se peut aussi que je me trompe. Dans ce cas, ce serait la fameuse exception qui confirme la règle dont on parle si souvent. Quoi qu’il en soit, le temps m’a confirmé que nous étions nombreux à nous être trouvés, un jour ou l’autre, dans ce genre de situations paradoxales. Dans les films ils disent souvent que « La fin » justifie « les moyens ». Et nous, malheureusement, nous avons beaucoup trop regardé la télévision…
A part ça, parce qu’ils vivent généralement loin des faits divers dont ils parlent et qu’ils n’ont pas assez de recul sur les failles d’un système qu’ils considèrent comme « La » référence, tu remarques que les gens aiment bien refaire le monde, débattre sur l’art et la manière de faire chuter la criminalité, de se battre contre les violences « urbaines » et la délinquance. Mais lorsque tu t’aperçois que leurs discussions volent si bas qu’ils en sont encore à chercher à définir « qui » est coupable dans le genre d'histoires ci-dessus, tu te dis que, bien souvent, ceux qui prétendent « penser le monde » passent à côté des choses essentielles.
Notre monde actuel n’est pas en crise, il fonctionne au mieux selon les fondements sur lesquels il a été érigé. La « crise » en question est l’une de ses constantes, un mal soi-disant « nécessaire ». A ce qu’ils disent. Comme si la vie était une montgolfière lestée avec des sacs pleins de vies humaines et que l’ascension économique était une fatalité. Comme si on devait forcément gagner plus. Comme si c’était le but de la vie. Comme si l’homme cherchait à repousser les limites, à aller plus vite et plus loin mais sans autre objectif. Comme si on oubliait l’essentiel. Or, plus on monte en altitude, plus l’oxygène se fait rare.
Il y a ceux qui étudient et comprennent cette crise qui n’en est pas une - d’ailleurs, de nos jours, on peut même faire carrière dans l’art d’analyser la vie de ceux qui n’en ont pas - et puis il a ces chiffres qui ne sont pas que des chiffres, qui font froid dans le dos et laissent sans voix. Les chiffres du quotidien. Le quotidien de ceux qui rêvent du quotidien de ceux qui sont payés pour faire oublier le quotidien de ceux qui payent pour les regarder simuler ce quotidien « idéal ». Un quotidien « idéal » qu’eux mêmes ne vivent pas en dehors des scènes qu’ils tournent et des quelques soirées mondaines ou ils sont vus et aimés pour ce qu’ils ne sont pas. Opulence matérielle ? Non, misère morale.
Quoi qu’il en soit, par la suite, il m’est arrivé à plusieurs reprises de me trouver dans ce genre de situations que j’ai appelées « paradoxales ». Le paradoxe en question vient du fait que tu sois dans le mal et dans le faux jusqu’au cou mais que, malgré cela, tu aies le sentiment de faire partie des bons et de faire le bien. D’après toi, ton combat est juste. Par exemple, au lycée, il m’arrivait de passer les commandes de sweat-shirts et autres T-shirt « à la mode » - mais trop chers pour nous - parmi mes camarades de classe dès le matin. A la pause de midi, je passais les prendre au magasin pour être de retour avant le début des cours. Je les revendais à moitié prix avant la fin de la journée et j’avais l’impression d’être un « robin des bois » pour mon entourage. D’ailleurs, si tu demandais après moi, on te disait que j’étais quelqu’un de bien. Un type sur qui on pouvait compter et qui rendait service. Car il est important de savoir que, comme beaucoup d’entre nous, je ne suis pas né « voleur ». On peut même dire j’étais loin d’être précoce dans le domaine.
Quand j’avais environ douze ans, j’aimais rester seul. En fait, je ne sais pas si on aime la solitude. J’ai plus l’impression qu’on s’y habitue. Bref, je restais seul. À Annecy, mon passe temps préféré était le vélo. En général, j’enfourchais celui que mon oncle m’avait fabriqué très tôt le matin et je partais faire le tour du lac. Ce vélo était toute ma vie. C’était un petit vélo de course rouge de la même marque que celui de ma sœur et, à cette époque, le tour de France était très populaire. J’avais donc un t-shirt comme les coureurs cyclistes qui passaient à la télévision ! Il était moulant avec des manches courtes qui se terminaient par des élastiques au niveau des bras et deux poches pour mettre les sandwichs derrière, en bas du dos. Dessus, c’était écrit « GAN » en noir sur une bande blanche horizontale, placée au niveau du torse et qui faisait le tour du maillot. Elle était encadrée, recto verso, par deux bandes bleu marine de la même taille. Si je me souviens bien, c’était le même t-shirt que Bernard Hinault qui était au cyclisme de l’époque ce que Zidane est au football d’aujourd’hui. Quant à moi, j’étais juste un panneau publicitaire gratuit. Prêt à payer pour faire de la pub. Un âne quoi !
C’est marrant non ? Tu portes une marque pour ressembler à un quelqu’un que tu admires. Lui, de son côté, s’il porte cette marque c’est parce qu’on lui donne de l’argent pour la porter en public. D’ailleurs, dans sa vie de tous les jours, il ne la porte pas. Sauf, bien sûr, si on le paie davantage. Toi, tu as de l’admiration ou de l’amour pour cette personne (sportif, acteur, chanteur, etc.) Ton rêve c’est de faire partie de sa « famille », lui ressembler et ton aspiration « ultime » va même jusqu’à être vu comme lui. Et ceux qui fabriquent les marques le savent. Ils savent que si tu vois cette personne porter un type de vêtement particulier, tu voudras le même. Donc, ils lui donnent de l’argent pour qu’il accepte de leur faire de la pub. A ce moment là, il faut savoir que c’est au nom de ton amour et du respect que tu as pour lui qu’il s’en met plein les poches et que, ce faisant, il accepte aussi que les gens qui lui ont accordé sa légitimité - dont toi - soient considérés comme des pigeons potentiels. Résultat ? Tu te retrouves à faire de la pub pour une marque qui t’a pigeonné et rêve de ressembler à un héros qui te prend pour un âne. Elle est belle l’arnaque non ?
Dernièrement, à l’époque ou pharaon à bombardé le Liban, j’ai lu un article qui faisait dire à Ronaldinho[1] que celui-çi n’avait versé aucune larme sur les enfants massacrés lors du carnage qu’a connu Cana et que, à ses yeux, ils n’étaient que « Des futurs terroristes ». Depuis, on m'a informé qu'il à démenti ces propos mais j'attends l'article avant de reformuler définitivement ce point. Quoi qu'il en soit, on dira aux femmes et aux enfants assassinés ou mutilés qu’ils l’ont bien mérité ! Ça leur apprendra à vivre dans leur pays et à vouloir y faire ce qu’ils veulent ! Sérieusement… Si ces propos lui appartiennent réellement et qu'il n’a pas de cerveau, ce n’est pas de sa faute. Mais nous, même avec le bénéfice du doute, comment fait-on pour porter un nom associé à de telles idées sur nos t-shirts tout en ayant l’impression d’être « dans le coup » ?
Fin de la page de pub.
Vous regardez trop la télé !
Le lac d’Annecy fait environ 40km. Même si ça peut paraître beaucoup pour mes petites jambes de l’époque, j’en faisais le tour chaque week-end où j’en avais l’occasion. Le vélo, c’était ma raison de vivre. Je crois aussi que c’était pour moi un moyen de ne pas être confronté aux regards des autres enfants. Étant donné que j’étais encore marqué par mon eczéma, lorsqu’on jouait ensemble, même les plus gentils d’entre eux ne pouvaient s’empêcher de poser sur moi ce regard qui me dérangeait tant. D’un autre côté, quand je roulais au bord du lac, il n’y avait plus de regards inquisiteurs, j’étais bien. J’aimais beaucoup ce paysage. Il y avait l’eau, la montagne, la forêt et je pédalais avec autant d’ardeur que peut courir Forest Gump tout au long de son film. Même s'il n’y avait personne pour me dire « Pédale Fabrice ! Pédale ! ». Remarque, vu la tournure de la phrase dite comme ça, je l’aurais peut-être mal prise. En tous les cas, jusqu’à aujourd’hui, j’aime beaucoup la nature. Sur la route, à environ une vingtaine de kilomètres du départ, il y avait un vieux château. C’était un musé. Il n’était jamais ouvert mais j’aimais bien m’y arrêter car il y avait à l’entrée, en guise de garde, une vielle armure sur pieds. A côté de ce château il y avait aussi un petit ruisseau et j’aimais, de temps en temps, m’asseoir au bord et manger mes sandwichs avant de repartir pour la fin du parcours. Puis je rentrais à la maison en fin d’après-midi. Je ne me souviens plus dans quel état j’étais, mais je ne devais pas avoir de mal à m’endormir.
C’était une chance pour moi d’avoir eu ce vélo car, si mon oncle ne me l’avait pas fabriqué, ma mère n’aurait pas eu les moyens de m’en acheter un. C’était une activité qui ne coûtait pas d’argent et ça occupait mes journées. Un matin, j’ai du aller faire des courses à l’épicerie qui se trouvait en ville, un peu plus bas que nos tours. Je ne sais plus si c’était la boulangerie, l’épicerie ou un autre magasin. Par contre, ce dont je me souviens très bien c’est ce que j’ai ressenti en voyant que mon vélo avait disparu. C’était comme si mon univers s’écroulait. Et je regardais tous les gens qui se trouvaient autour de l’endroit ou je l’avais laissé quelques minutes auparavant avec mépris et rancoeur. Je ne disais rien mais je me demandais comment ils avaient pu laisser faire une chose pareille. Je me suis mis à pleurer et à marcher dans le sens inverse que j’aurais du emprunter pour retourner parler de ça à ma mère qui, elle non plus, n’aurait rien pu y faire. Ce jour là, j’ai marché jusqu’à trouver un vélo sans cadenas. Je suis monté dessus et j’ai pédalé jusqu’à en trouver un autre. J’ai abandonné le premier pour le second et, je m’en souviens assez bien car cet évènement m’a vraiment marqué, j’ai renouvelé l’opération plusieurs fois dans la journée. Sept si je me rappelle bien. A chaque étape, je prenais les meilleures pièces de chaque vélo en vue de les installer sur le bijou final. Je suis rentré chez moi avec un nouveau vélo. Je ne sais plus si j’avais fait les courses. J’ai dit à ma mère qu’on m’avait volé mon vélo mais que ce n’était pas grave : Mon fameux « copain de classe » - qui ressortira, à partir de ce jour, à chaque histoire louche - m’en avait prêté un !
Il suffit d’un évènement pour faire basculer un enfant du mauvais côté. Je ne dis pas que j’ai eu raison de faire ça car, bien évidement, j’ai eu tort ! Et je ne dis pas non plus que ce fût un bien car, bien évidement, c’était un mal ! Je décris simplement ce qui s’est passé et comment, ce jour là, j’ai pu franchir le pas qui sépare les honnêtes gens des voleurs. Si je me suis fait justice tout seul c’est certainement que, déjà à l’époque, l’image que je me faisais de celle des hommes ne m’inspirait pas suffisamment confiance pour que j’attende quelque chose d’elle. Pourtant, j’étais vraiment jeune. Un enfant qui était sortit faire des courses pour sa mère et qui n’avait jamais volé. Ce même enfant est devenu cet adolescent qui, plus tard, à la pause de midi passait prendre les sweat-shirts et autres T-shirt « à la mode » au magasin pour être de retour avant le début des cours. S’il te racontait son histoire, devenu adulte, il te dirait : « Je les revendais à moitié prix avant la fin de la journée et j’avais l’impression d’être un « robin des bois » pour mon entourage. D’ailleurs, si tu demandais après moi, on te disait que j’étais quelqu’un de bien. Un type sur qui on pouvait compter et qui rendait service. Car il est important de savoir que je ne suis pas né « voleur ». On peut même dire j’étais loin d’être précoce dans le domaine. Comme je faisais ça régulièrement, ça ne pouvait pas durer éternellement. Un beau jour, alors que je me dirigeais paisiblement vers la sortie, j’ai constaté que les portes du magasin par lesquelles j’avais l’habitude de sortir étaient fermées. C’était étrange. J’ai commencé à faire demi-tour. Lorsque la caissière a dit « c’est lui !» et que les agents de la sécurité se sont dirigés vers moi, j’ai compris que le roi Jean avait installé des caméras dans son château. Trop tard !"
Ne croyez surtout pas que je fasse l’apologie ce genre de pratiques. J’essaie juste d’expliquer, à travers cet exemple très simple, par quel mécanisme on peut, malgré soi, intégrer une certaine façon de penser. Disons, pour simplifier l’ensemble, que parmi les choses qui ne se font pas, on comprend très vite qu’il y en a de plus graves que d’autres. Ainsi, chacun choisit son échelle de valeur en fonction des murs qu’il aura à escalader, ou de ceux qu’il voit par la fenêtre de chez lui. Tu comprends aussi très vite que, étant donné le sort réservé aux gens honnêtes de ta catégorie sociale, tu n’as aucune raison d’entrer dans le moule[2]. On t’a si bien fait croire que tu n’avais rien à perdre que tu as fini par en être persuadé. Et, sans que tu puisses trop t’en apercevoir, le glissement a lieu subtilement. Presque à ton insu. Une accumulation de faits qui s’entassent dans ton cœur qui durcit à cause de la charge et devient aveugle…
L’argent facile ?
Là ou on vit on s’en passe pas…
C’est grâce à lui qu’on s’entasse pas…
Tes commentaires, on s’en passera…»
La criminalité ne peut pas diminuer uniquement grâce à la répression des criminels comme on nous la présente aujourd’hui. Car la répression en question dans un système injuste comme le nôtre n’est rien d’autre que l’opportunité pour certains criminels de rendre ce qu’ils appellent la justice en s’en prenant aux crimes de ceux qui ont moins de pouvoir qu’eux et qui agissent, en grande partie, en réaction à leur propre criminalité. On fera donc, par le biais de cette répression, disparaître un certain type de criminels tout en faisant croire que c’est toute la criminalité qui a disparue alors que c’est elle-même qui tiendra les rênes du pouvoir[3]. La criminalité ne peut être éradiquée grâce à la répression que dans un système qui génère la justice sociale. Une fois cette justice sociale établie, la répression n’est plus le bras armé des tyrans injustes mais un simple moyen de dissuader les pervers de troubler cette justice sociale et de permettre aux enfants, par exemple, d’avoir confiance en elle. Le libéralisme est le contraire de la justice sociale. C’est un fléau que l’on répand aux quatre coins du monde alors qu’il porte en lui le pire du mal que les idéologies qui le portent prétendent combattre.
Tout le monde le sait ?
Beaucoup se taisent...
D’un silence qui fait peur !
J’ai un ami qui allume toujours la télé avant d’aller se coucher. Il ne peut s’endormir que dans le bruit. Comme un espoir perdu dans une boite d’intérim. Perspective de réussite ? « Bien sûr » nous dit-on, mais « Patientez voyons ! » Puisque « Tout le monde à sa place » soyez persuadés que « Votre tour viendra aussi ! » Simplement, souvenez-vous que « Paris ne s’est pas fait en un jour » ! Et acceptez ce sourire désolé qui vous raccompagne à la porte, armé d’un « on vous rappellera » et autres « ne vous en faites pas... » qui démontrent, si c’était encore nécessaire, qu’il y a toutes les raisons de s’en faire à ce moment là. Une poignée de mains moites pour les plus chanceux d’entre nous qui signent un contrat foireux d’esclavage rémunéré avec une « vraie famille » unie, par exemple, autour de la livraison des pizzas[4]. Quarante ans de service. Un mois de vacances par an. Un voyage de « rêve » chaque trois années. Une voiture à crédit. Une famille, un chien, un voisin alcoolique et du bruit tous les week-end.
Quand tu t'adresses aux gens blessés, n'oublie pas qu'ils ont moins à perdre que toi. Fais ce que tu peux pour changer le mal, mais ne te prends pas pour un autre. Car les arrivistes ne font jamais long feu…
Bon, une petite histoire drôle pour détendre l’atmosphère ?
Ce jour là, je ne sais plus si mon père était au chômage ou en congé, il m'avait envoyé faire des courses. C'était le matin. De retour, alors que j'attendais l'ascenseur, j'ai vu un billet par terre. Je me suis approché, je me suis baissé et je l'ai ramassé. C'était un billet comme je n'en avais jamais vu ! Lorsque j'ai lu ce qui était écrit dessus mon visage s'est illuminé et je me suis mis à crier: « On est riches! », « On est riches! ». J'ai pris les escaliers deux par deux en répétant cette phrase tellement fort que mon père m'attendait au 5ème, sur le pas de notre porte. J'étais heureux de le voir et j'étais pressé de lui annoncer la bonne nouvelle. On allait sûrement pouvoir faire plein de trucs avec autant d'argent !
C'était mon premier contact avec un billet de 1000 francs.
Dessus il y avait écrit « MONOPOLY ».
J'étais dégoûté.
Mon père en a profité pour m'expliquer que même si c'était vrai, il ne fallait pas crier ce genre de choses dans les escaliers de l'immeuble. Ça attire l'attention…
J'ai appris plus tard que l'attention traîne avec les problèmes.
Ils rappliquent toujours ensemble…
J'ai pas mal d'histoires concernant l'argent. Parce qu'une grande partie de nos vies tourne autour de ce qu'on n'a pas…
Le dimanche, toujours quand j'habitais à Garges, avec ma sœur on allait à la patinoire. Notre grand-mère nous donnait 10 francs, mais mon père exigeait qu'on fasse la vaisselle avant de sortir.
Ma sœur lavait, moi j'essuyais et je rangeais car j'étais plus petit.
Je crois que c'est comme ça qu'on peut apprendre la valeur de l'argent aux enfants.
J'aimais bien le dimanche car on faisait un repas de famille. Il y avait ma mère, ma grand-mère, ma sœur, mon père et moi. En théorie ma « famille » est plus grande.
Mais je n'aime pas les théories qui ne s'appliquent pas.
Ma grand-mère arrivait toujours le samedi avec des sacs pleins de commissions, du chocolat, des bonbons. C'était une grand-mère comme dans les films ! Elle a pleuré quand Claude François, Elvis et Dalida sont morts. Je l'ai beaucoup aimé. Je faisais tout ce qu'elle me demandait. Sans discuter. Le dimanche matin j'aimais bien déjeuner avec elle. On parlait pendant qu’elle buvait son café au lait. Je n’en buvais pas mais je me souviens que, pour me faire plaisir, elle trempait des tartines de pain beurré - coupées en deux dans le sens de la longueur - dans son bol et me les offrait affectueusement. C’était bon… A midi, quand elle prenait son café après manger et que j’avais été sage, j’avais le droit de faire « su-sucre » dans son café. Tu ne connais pas ça ! Hein ?! « Su-sucre », c’est quand tu trempes un sucre dans une tasse de café noir bien chaud et que tu le sors au dernier moment, quand il est assez imbibé pour mouiller tes doigts mais pas encore assez pour fondre avant d’avoir été déposé sur ta langue. Quand je disais seulement « Merci ! » Elle répondait « Merci mon chien ! » alors je reprenais, après avoir demandé pardon, « Merci mamie ! ». Et je lui faisais un gros bisou. Mamie était souvent triste. Je me souviens qu'elle parlait beaucoup de la guerre avec les allemands, elle pleurait aussi beaucoup pour sa sœur qui était morte suite à la maladie du cœur qu'elle avait contracté en restant bloquée sous les décombres d’un immeuble que les nazis avaient bombardé. Ma grand mère était une femme forte. Une fois, elle m'a dit : « Mon petit Fabrice, les gens sont racistes ! Un jour, tu verras ce que je te dis… ».
J'ai vu…
Après, elle préparait à manger avec mes parents. Moi j'allais au marché de Sarcelles pour échanger mes « Strange » au stand des livres d'occasion. Ma mère aimait beaucoup la chanson d'Édith Piaf « Les roses blanches ». Quand j'avais de l'argent, je lui en achetais une au marché. A ma grand mère aussi, mais moins souvent.
Quand c'était mon père qui donnait l'argent, j'en achetais aux deux.
Ma mère disait toujours que les fleurs ça ne sert à rien aux morts et que, si on voulait lui faire plaisir, c'est de son vivant qu'il fallait lui en offrir. C'est comme ça que j'ai grillé les hypocrites à son enterrement. Ils avaient tous acheté des couronnes de fleurs pour décorer son cercueil. Alors qu'ils n'étaient pas capables d'acheter un timbre pour répondre à ses lettres pendant qu'elle était vivante, et qu'elle pleurait à cause de leur mépris.
Beaucoup de gens sont lâches.
La preuve ?
Ils n’ont ni le courage de faire semblant d’être courageux, ni celui d’admettre leur lâcheté…
Le repas du dimanche midi était trop puissant. Chez nous, il fallait finir son assiette. C’est sûrement pour ça que je ne supporte pas de voir un enfant qui gaspille la nourriture. Remarque, on a les enfants qu'on mérite…
Quand on mettait le pain à l'envers sur la table ma mère disait : « On ne gagne pas le pain sur le dos! ». Cette phrase lui venait de son père. C’était un homme de la campagne. Quand elle en parlait, ses yeux brillaient. D’après elle, c'était un vrai héros de la guerre. Un résistant fier comme Jean Moulin et sa clique. Vous savez, les résistants, les hommes du maquis, ces intégristes qui se sont battus contre les allemands et le régime de cet « homme de dialogue » qu'était le maréchal Yasser Pétain 'Arafat...
. . .
Deux individus discutent dans une chambre devant leur ordinateur. L’un d’eux, le plus âgé, avait décidé de faire lire les quelques lignes de ce blog à son jeune frère afin de discuter avec lui du post n°3, « Le regard des autres ». Comme depuis sa dernière connexion, le post n°4, intitulé « L’argent » avait été rédigé et mis en ligne, ils décident de le lire ensemble et d’en discuter « à chaud ». Interloqué par la fin du petit passage précédent, l’aîné demande à son frère :
- Tu penses quoi du fait qu’il fasse allusion à la Palestine de cette façon là ?
- A la quoi ?
- La Palestine !
- J’sais pas moi… T’as vu… C’est compliqué ces histoires ! Quand tu les écoutes parler, tout le monde se dit du bon côté ! On ne sait plus quoi penser…
- T’es sérieux là ? Tu vois au moins de quoi il parle ?
- Ben, en vrai… pas trop… Non. Ça me dit rien. C’est quoi ?
- Il dit que, de la même façon que les résistants au régime de Vichy ont été considérés comme des héros du fait qu’ils défendaient leur patrie contre les nazis, il faudrait considérer comme des héros ceux qui se battent aujourd’hui, et depuis maintenant plus de 50 ans, contre les envahisseurs sionistes de la Palestine. D’ailleurs la Palestine, à l’origine, c’est le nom de la terre qu’on appelle aujourd’hui Israël dans ton livre de géographie.
- Comment ils ont fait pour changer son nom ?
- Ça, c’est tout un art… Ça se fait en douceur… Disons que, malgré qu’elle ait été volée en public par des innocents aux mains pleines de sang, ses femmes violées, ses habitants torturés, assassinés et expatriés par centaines de milliers aux yeux de tous, ses bourreaux – de très habiles manipulateurs - ont même réussi à faire disparaître son nom de la quasi-totalité des livres occidentaux. A long terme, c’est l’un des moyens qu’ils emploient, et emploieront, pour occulter l’histoire et se faire passer pour les victimes d’un terrorisme dont ils sont les maîtres incontestés...
- Tant que ça ? Tu ne crois pas que, toi aussi, t’en rajoutes un peu là ?
- Attends... Fais une pause et va jeter un œil dans ton livre de géographie pour voir. On en reparle après !
(Quelques minutes s’écoulent…)
- Alors ?
- Ben…
- Tu as regardé dans ton livre ?
- Ouais, j’avoue…Y’a pas écrit Palestine… Mais, par contre, il y a bel et bien écrit Israël ! C’est chelou…
- C'est ça, t'as raison ! C'est chelou... En tous les cas, saches que tu aurais aussi bien pu le vérifier dans ton dictionnaire, ton Atlas ainsi que dans tous les livres d’une édition récente que tu voudras et qui sont à portée de main dans la première venue des libraires du coin ! En même temps, tu remarqueras qu'un bon nombre de ces livres sont des « best-sellers » et que beaucoup d’entre eux caracolent en tête des lectures scolaires conseillées, bien sûr, en toute neutralité ! Ça marche même avec les cartes des agences de voyages, les magazines dans l’avion, etc.
- J’ai une question !
-Vas-y…
- Son texte il s’appelle « L’argent », c’est sensé être autobiographique et là, on se retrouve en train de parler de Palestine, de sionisme et de manipulation ! T’as pas l’impression qu’on s’écarte un peu du sujet ?
- Tu connais le Comte Arthur James Balfour ?
- Non.
- Et Lord Rothschild ?
- Non plus.
- Bon, laisse tomber… L’article est presque terminé, on finit de le lire et je te conseille deux ou trois lectures complémentaires[5]. Ok ?
- Ok !
. . .
Quand on est enfant on ne sait pas que le monde est complexe. Puis, une fois que l’on grandit on commence à comprendre que tout est lié. Le problème c’est que l’on a des passions et des envies et que nous positionner au sujet de certaines questions ça nous obligerait à faire des sacrifices. Alors on fait « comme si ». On se dit qu’on ne peut rien y faire puisque c’est « comme ça » et que « c’est la vie ». Pas vrai ? C’est tellement plus simple…
Beaucoup de gens sont lâches.
La preuve ?
On l’a déjà dit plus haut ! Faut suivre un peu…
Pour moi, quand j’étais petit, le monde c’était un truc lointain. C’était tellement lointain qu’on ne pouvait même pas y aller en vacances ! Encore plus éloigné de chez nous que le parc de La Courneuve ! Alors, au lieu de me prendre la tête à son sujet, je m’amusais pendant la minute de vitesse à la patinoire. A ce moment là, les moins forts s’écartaient de la piste, le disc-jockey mettait « La danse du sabre » et on accélérait de toutes nos forces. On tournait en rond le plus vite possible ! Comme si c’était le but de la vie. J'étais assez doué pour le patin à glace. J'aime bien les sports de glisse en général. Quand j'allais voir ma tante à Sarcelles, je faisais du skate aux flanades…
C'était bien.
Tout ça se passe au début des années 80.
[2] Prendre le temps de regarder le documentaire de Pierre Carles intitulé : « Attention Danger travail !» dont voici un extrait : http://www.dailymotion.com/relevance/search/attention%2Bdanger%2Btravail/video/x1eryr_danger-travail
[3] L’anecdote suivante illustre très bien le propos : Un savant musulman du 1er siècle de l’hégire nommé Hassan Al Basrî s’exclama, quand on lui parla d’un voleur emmené auprès du gouverneur pour être jugé : « Dieu est Grand ! Celui qui vole en cachette est jugé par celui qui vole en plein jour ! ». Tolérance zéro ?
[4] Si vous aviez pris le temps de regarder le documentaire cité plus haut, vous auriez compris l’allusion…
[5] Comme il ne voulait pas trop le charger, il lui conseilla simplement de lire : « L’autre visage d’Israël » de Israël Adam Shamir, juif israélien d’origine russe, journaliste et écrivain engagé (éditions : Al-Qalam) et de se procurer le très instructif documentaire intitulé : « Route 181... ». Bien évidement, il y en a d’autres. Mais il lui dit que c’était déjà un bon début pour avoir ce qu’on pourrait appeler une vision non politiquement correcte des faits occultés...
« L’autre visage d’israël » :
http://www.israelshamir.net/Books/Books.htm (3ème livre dans la liste « french / français »)
Et pour :
http://boutique.momento-production.com/klg/product_info.php?products_id=47&osCsid=521fd6c054ab4f9b61f0481ed02f7a2c
samedi 17 février 2007
3 - Le regard des autres
Un jour, quand j'étais petit, ma mère m'a emmené à la piscine de Sarcelles. Je me souviens que le maître nageur, en me voyant, à demandé tout fort : « Il est à qui ce monstre? ». Alors elle s'est disputée avec lui. Ensuite, nous sommes partis. Je ne sais pas si c’est une vérité scientifiquement établie, mais j’ai l’impression qu’il faut avoir réellement souffert pour redouter de faire souffrir les autres. En même temps, j’ai aussi le sentiment que cette crainte n’existe pas au moment ou l’on souffre. Parce qu’avoir du recul sur sa propre vie est un luxe que peu de gens peuvent s’offrir, et qu’un « ventre affamé n’a pas d’oreilles ».
L’une des raisons qui m'ont permis de ne pas trop prendre la grosse tête avec la notoriété, c'est que je me suis toujours rappelé du regard que la plupart des gens ont posé sur moi quand j'étais malade. J’étais tellement moins innocent que cet enfant qu’on avait si longtemps regardé de travers que j’avais du mal à croire à tant d’attention positive et d’amour gratuit. Il m’a fallu du temps pour m’y faire. Si on peut dire que je m’y suis fait un jour. Je ne mets pas en doute la sincérité de tous ces gens que j’ai pu rencontrer par la suite. Simplement, je n’étais pas prêt à ce genre de relations.
Un poète dit :
Je n'ai aucune photo de mon enfance.
C’est comme si j’avais commencé à exister dans les magazines de rap…
Avant d'habiter à Garges les Gonesse[1] nous habitions dans ce que nous appelions: « la loge ». C’était une demeure située dans la cour de l’immeuble ou mes parents étaient gardiens, rue de Bruxelles, dans le 18ème arrondissement de Paris, juste en face du moulin rouge. Ma grand-mère vivait au 6ème étage et nous au rez-de-chaussée. Nous étions quatre à y vivre. Bien sur, chez nous aussi il y avait un beau salon pour les invités, une chambre pour chacun d’entre nous ainsi qu’une grande cuisine spacieuse. La seule précision qui ne figurait pas dans l’annonce, quand on décrivait notre enfance à nos potes, c’est que tout cela se trouvait dans une pièce unique qui mesurait à peine quelques mètres carrés, que les wc étaient dehors et qu’on se lavait dans un lavabo qui nous servait aussi bien de baignoire que de lave-vaisselle. Pour nous c’était « la belle vie » mais ça devait être difficile pour les parents. Les enfants, ça joue, ça mange et ça dort. Même si ceux qui les logent, les nourrissent et les bordent n’ont pas toujours cette chance.
Je n’ai plus trop de souvenirs de cette époque à part qu’il y avait un tapis en velours rouge dans les escaliers de l’immeuble ou mes parents étaient gardiens et que, chaque jour, une chanteuse d’opéra y répétait ses gammes depuis son appartement. Ma mère l’appelait « la Castafiore », ça doit dire quelque chose à ceux et celles qui ont lu Tintin. Je n’ai jamais vu cette femme. Ou alors je ne m’en souviens plus. Il y avait aussi, à l’extérieur de l’immeuble, un cordonnier qu’on appelait « le bouif » et qui tenait sa boutique côté rue. A chaque fois qu’on le croisait, il nous offrait des bonbons. Il était gentil. Mais je crois me souvenir qu’il sentait souvent le vin. Il était vieux, seul et ne semblait pas avoir de famille. Un jour, je ne sais pas comment nous avons atterri là, nous avons regardé – ma sœur et moi - un film chez lui. Mort Schuman était l’acteur principal. C’était l’après midi, une histoire pour les enfants. Je ne sais plus exactement de quoi elle parlait mais je me souviens que ça tournait autour d’une relation entre un vieil homme et des enfants qu’il aimait comme les siens. A la fin, qui était forcément triste, il nous a demandé si, nous aussi, nous étions prêts à faire ça pour lui ? Mais c’est le « ça » en question qui ne me revient pas. Ça m’avait fait quelque chose car notre réponse affirmative semblait l’avoir ému. Et il nous a encore donné des bonbons. En souriant. Quoi qu’il en soit, je me souviens de lui comme quelqu’un de très gentil avec nous. Lorsque j’ai appris son décès quelques années plus tard, j’ai repensé un peu à tout ça.
En entrant dans la cour, la montée de l’immeuble avec le tapis rouge dans les escaliers se trouvait à gauche, la loge était tout de suite à droite et il fallait, pour se rendre chez ma grand-mère, traverser la cour et entrer par une petite porte au fond. C’était une chambre de bonne. Ma grand-mère était cuisinière dans je ne sais quelle collectivité et, pour changer un peu, elle travaillait très dur.
Quand je compare la vie qu’ont vécue nos parents, leurs parents ainsi que les gens dont je parle à celles des petits bouffons qui nous parlent d'une rue ou ils sont allés d’eux même – quand ils y sont allés - et d'une vie difficile qu'ils n'ont jamais eue, ça me fait bizarre. Je trouve ça bas. C'est lâche et mesquin. Un peu comme un politicien qui vient jouer au ping-pong en bas d’une cité avec une équipe de caméramen, ses gardes du corps, et la ferme intention d’apparaître comme « proche du peuple » au journal de 20h.
Avant, ça me mettait la haine.
J'ai toujours eu du ressentiment pour les mythomanes.
Dans la famille « mise en scène malsaine », je n’ai jamais non plus vraiment réussi à comprendre comment certains petits bourgeois pouvaient avoir le sentiment de s’épanouir par le fait de s’encanailler quelques temps et « délirer » quelques années avant de rentrer dans le moule. Je dis « quelques années », mais ça peut aussi être quelques mois, le temps d’un week-end, d’une déception amoureuse ou d’une soirée dans leurs « lofts ». J’avais des potes qui aimaient bien squatter ce genre d’ambiance. Personnellement, ça me saoulait, je trouvais ça « vide». En gros, les fils de riches fantasment sur la vie des pauvres qui rêvent d'avoir la vie des fils de riches…
Comment tu veux qu’on s’en sorte avec ça?
A l’époque ou j’étais dans le monde du rap, le jeune de quartier qui voulait vendre un maximum de disques devait parler de sa vie d'une manière qui excite les petits bourgeois qui s'encanaillaient en s'habillant comme lui et qui parlaient mal à l'école. Tu pouvais avoir un succès d’estime, sillonner les quartiers de France, faire des dizaines et des dizaines de concerts et être très populaire mais, pour faire partie de ceux qui vendaient beaucoup de disques, il fallait coller à l’inconscient collectif de ceux qui avaient le pouvoir d’achat. Alors, pour « réussir » en terme de ventes, il fallait être « vrai », mais comme eux l’entendaient. C'est à dire correspondre à l’image qu’ils se faisaient des noirs, des arabes (et autres autochtones blancs de cité assimilés à ces sauvageons de banlieue dont ils font maintenant partie…) ou plutôt, pour être plus précis, à la description qu’on avait bien voulu leur en faire à travers les médias. Je suis bien conscient que le phantasme de « l’amant sauvage » n’a pas disparu en même temps que les colonies[2], mais je ne comprends pas qu’il attire aussi les hommes. Donc, pour que ton discours soit porteur, il fallait jouer le barbare sanguinaire, chanter « Y’a bon banania ! » ou raconter l’histoire d’un arabe qui volait des scooters. Quoi qu’il en soit, le juste milieu n'était pas vendeur. A court terme du moins…
Le monde du rap ?
C'est une carotte astronomique !
On en reparlera plus tard, inch'Allah…
En tous les cas, si tu as les moyens d'étudier, ne serait-ce que pour avoir une bonne culture générale et augmenter tes chances d’accéder à la complexité du monde qui nous entoure, c’est toujours ça de pris. Même si tu n’en es pas pour autant reconnu sur le marché du travail pour un tas de raisons que tu connais mieux que moi, étudier en attendant savoir quoi faire de sa vie c’est toujours plus constructif que de subir sa vie en attendant de ne plus avoir l’occasion d’étudier. Je reste persuadé que ce sont les hommes qui donnent la valeurs aux diplômes qu’ils obtiennent et pas le contraire. Cependant, je suis aussi persuadé qu'il n'y a pas de quoi fantasmer sur les vies qu'on mène dans nos blocs de bétons. Circulez… Y’a vraiment rien à voir !
Et arrêtez vos reportages puants s'il vous plaît…
Ça me fait penser aux expositions coloniales[3] du début du siècle dernier…
Je dis souvent que, si j’en avais les moyens, je mettrais en prison ceux qui ont construit les immeubles ou on nous a parqué comme des chiens, ainsi que ceux qui ont commandité leurs crimes. Chaque « architecte » qui a construit une cage à poule devrait être obligé d'y vivre, lui ou l'un des membres de sa famille, génération après génération, jusqu'à ce que l'immeuble soit détruit…
C'est comme ça qu'on sensibilise l'esprit des « artistes »!
Résultats garantis!
Donc, nous sommes partis de Garges-lès-Gonesse dans les années 80. Une chose m'a marqué. Mes parents ont vécu pendant de nombreuses années ensemble sans être mariés mais j'ai l'impression qu'ils ont divorcé le lendemain de leur mariage…
Je me disais que je ne ferai jamais ça à mes enfants.
Remarque, je disais aussi à mon père que je voulais être avocat ou médecin.
Je me souviens, des fois, on était à la fenêtre et je lui demandais: « Tu serais fier de moi si j'étais docteur ou avocat et que j'arrive avec une belle voiture sur le parking pour te chercher? ».
On pose vraiment des questions bêtes quand on est petit hein?
Personnellement, ce qui m'intrigue plutôt dans cette question, c'est comment un enfant comme moi percevait la réussite sociale.
La réussite c'est ces choses qu'on a pas : l'argent, le bon métier, la belle voiture…
Ça devient même tellement important que c'est un moyen de faire plaisir aux parents, une raison suffisante pour vendre de la came, faire des braquages ou flamber dans des clips…
C'est peut-être pour ça que les non banlieusards ont tant aimé « La haine » de Mathieu Kasovitz.
Puisque, la réussite, c'est ces choses qu'on n'a pas….
J'oubliais… Je ne connais pas les raisons « officielles » mais nous sommes passés de la loge (Paris 18ème) à un f3 à Garges. J'ai depuis compris que la politique « sociale » de la capitale est d'augmenter ses loyers à outrance afin qu'on se retrouve tous en banlieue…
Quand je dis « tous », on se comprend…
Je réalise juste en écrivant ça que ce n'est pas nouveau…
Bref, moi j'étais heureux dans tout ça. Quand j'arrivais à l'hôpital les infirmières disaient: « Ô le petit Fabrice est revenu! » Comme je l’ai déjà dit auparavant, même si c’était en d’autres termes, j'ai passé tellement de temps entre les docteurs et les infirmières que je crois que j'ai fini par m'ennuyer avec les enfants de mon âge.
Mais ça c'est une autre histoire…
[1] 25 rue Édouard Manet si je me souviens bien, juste derrière l'école Victor Hugo.
[2] Qui sont loin d’avoir disparu…
[3] Si ce n’est déjà fait, prenez le temps de regarder ce documentaire : http://www.dailymotion.com/visited/search/Les+zoos+humains+/video/xg02z_doc-les-zoos-humains